mardi 19 février 2008

Voyoucratie : 1.100 policiers bien dressés font une brillante démonstration d'agility devant les cameras.

Nous avons assisté hier à une descente de police grandiose à Villiers-le-Bel dans le but de montrer à la France entière que les crimes commis pendant les émeutes de novembre derniers ne resteraient pas impunis.

Il était donc normal de convier les journalistes afin qu'ils puissent filmer les arrestations des présumés coupables. Il fallait bien montrer au peuple des résultats, des familles de dangereux criminels de banlieue se faire perquisitionner et humilier. Dans cela rien de choquant qui pourrait rappeler à notre seconde première dame de France des souvenirs concernant les méthodes utilisées pendant la seconde guerre mondiale. Pas de propagande malsaine, non, juste l'envie de bien faire dans la dignité et le respect de la présomption d'innocence.

Il faut dire que Nicolas avait déclaré aux policiers le 27 novembre dernier : "Mettez les moyens que vous voulez (...) ça ne peut pas rester impuni.". Et tout a été fait pour trouver les responsables...

On a utilisé des méthodes dignes de celles utilisées sous l'occupation allemande, et que notre première seconde dame ne tolère pas, en lançant des appels à témoins avec récompense de plusieurs milliers d'euros.

Dix dépositions sous X. En trois semaines, pas moins de cent personnes vont se signaler, parmi lesquels bon nombre de voyous. Une dizaine va accepter de témoigner sous X, dont trois livreront des témoignages capitaux. Ils ont révélé des noms, des adresses, diverses connexions entre les uns et les autres. «Ils ne l'ont pas fait seulement pour l'argent», explique un enquêteur. Selon lui, «celui qui dénonce veut souvent profiter de la mise au frais d'un concurrent pour développer ses propres affaires»... Cela en dit long sur la fiabilité de ces témoignages, mais peut importe, ce qui compte c'est d'avoir des noms.

Et une fois que l'on a des noms, on fonce tête baissée sans oublier de prévenir les journalistes avec des SMS présumés et on retrouve les principaux responsables présumés des violences présumées. On pouvait s'attendre à la découverte de nombreuses armes à feu, les mêmes qui ont été utilisée contre la police pendant les émeutes d'autant plus que l'on nous disait il y a quelques mois que ces armes se trouvaient de plus en plus facilement en banlieue et qu'elles étaient utilisées fréquemment contre les forces de l'ordre... On a même parlé de trafic d'armes d'assaut...

Résultat des perquisitions ? Saisie de stupéfiants, d'objets volés, de faux documents administratifs, ainsi que de 7.400 euros découverts dans la poche d'un blouson appartenant à un suspect connu pour des affaires de stupéfiants, ce qui pourrait amener l'ouverture de procédures judiciaires incidentes. Aucune arme n'a été trouvée dans les appartements des suspects. Des ordinateurs, des clés informatiques USB et des téléphones mobiles ont eux aussi été saisis.

Pas d'armes ? Même pas un petit cutter ? Mince alors c'est embêtant tout de même... Enfin non, pas tant que ça, l'essentiel étant que l'on a des coupables.

En parlant de coupables, on attend toujours les résultats de l'enquête sur un autre type de voyoucratie : le délit d’initiés dans l'affaire EADS. Nicolas affirmait vouloir « aller jusqu'au bout de l'enquête pour savoir quelles ont été les responsabilités de l'Etat (...). S'il y a des gens qui fraudaient chez EADS, il faut que la justice aille jusqu'au bout et ceux qui se sont comportés de façon malhonnête, qu'ils soient punis à due proportion de ce qu'ils ont détourné ».

Alors que l'on attend toujours le débarquement de policiers aux domiciles des responsables dans cette affaire, on apprend il y a quelques jours (Enfin quand je dis 'on apprend', rien à voir avec la médiatisation faite autour de Villiers-le-Bel...) qu'Arnaud Lagardère serait en passe d’échapper aux sanctions de l’AMF dans l’affaire de délits d’initiés à EADS.

L’enquête de l’autorité de marché, en cours, sur ce dossier, abandonnerait le délit d’initiés pour se concentrer sur d’éventuels défauts de communication ou de reporting au sein même du constructeur aéronautique...

Ainsi, non seulement les groupes Lagardère et Daimler seraient épargnés, mais aussi Thomas Enders, l’actuel PDG d’Airbus, récemment impliqué dans la procédure. Après avoir cherché à l’évincer d’EADS, parce qu’il représentait "trop les intérêts allemands", l’Etat français tient désormais à le préserver.

A l’arrivée, la responsabilité de deux personnes serait principalement mise en cause: Noël Forgeard, ex-coprésident d’EADS, et Hans Peter Ring, le directeur financier du groupe. Au passage, cela éviterait aussi d’avoir deux grands patrons français, Arnaud Lagardère et Daniel Bouton, sous les feux de la justice.

C'est tout de même étrange la différence de traitement... digne d'une voyoucratie.

Aucun commentaire: